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Désertification rurale et santé publique vétérinaire : quelques apports de la recherche

Sylvain Dernat. Institut national de la recherche agronomique. Clermont-Ferrand (63)

Sylvain Dernat présente une communication concernant les résultats du programme de recherche Veterra : Vétérinaires et Territoires ruraux Attractifs. L’Union Européenne, l’Etat, la Région Auvergne ont participé à son financement. Ce programme a été géré par l’Unité Mixte de Recherche Métafort (Mutations des activités, des espaces et des formes d’organisation dans les territoires ruraux) au sein de VetAgro Sup à Clermont-Ferrand. Quatre axes de travail ont été suivis :

- la localisation des vétérinaires dans les territoires.

- la compréhension des parcours.

- les politiques publiques menées sur la désertification sanitaire.

 - la formation initiale et continue des étudiants, vétérinaires et acteurs des territoires.

Trente-trois personnes ont travaillé sur ce projet, avec une approche pluridisciplinaire et un croisement entre données quantitatives et données qualitatives, pour donner un panorama des différents acteurs et comprendre la situation de terrain, la perception des éleveurs, celle des pouvoirs publics… Des partenariats ont été développés avec la profession (dont l’Ordre National des Vétérinaires ou la Fédération des Éleveurs et Vétérinaires En Covention (FEVEC). 

Une difficile objectivation.

L’objectivation des indicateurs du désert vétérinaire est très difficile. Aux niveaux économétrique et géographique, différents indicateurs peuvent permettre d’appréhender la « disponibilité » de l’offre vétérinaire « rurale » : accessibilité par bassin de vie, isochrones… Cependant, les données sont à fiabiliser car difficilement exploitables en l’état et peu significatives pour de nombreuses régions. Au niveau des acteurs publiques, le processus de « désertification » vétérinaire apparait comme un impensé politique (non-politisation et/ou dépolitisation, se rappeler les enjeux et débats autour de l’ouverture d’une 5ème école). Les notions de « désert vétérinaire » et de « zone blanche » sont des catégories indigènes à cerner. Le constat du « chiffon rouge » de la « désertification » est alors difficile à agiter en l’absence de données fiabilisées et de définition fiable. La féminisation de la profession en est ainsi le prototype de l’argument facile et inopérant. Cela montre la nécessité de comprendre plus en profondeur la relation des praticiens aux territoires et à leurs acteurs (éleveurs, acteurs publics). 

De nouvelles dynamiques

Dans la pratique vétérinaire, en l’absence de politique publique d’installation, se produisent des phénomènes de structuration dans les territoires comme réponse à ce problème de désertification en s’adaptant aux besoins : diversification et élargissement des missions (consultants), recomposition de l’offre, concentration des cabinets. De plus, la concurrence au sein de la profession peut conduire à de l’attentisme. A contrario, il convient de citer l’exemple de soutien des pouvoirs publics avec le Conseil départemental des Alpes-Maritimes qui finance l’installation locale de vétérinaires. Par ailleurs, certains cabinets vétérinaires modifient leurs rapports aux éleveurs avec succès pour proposer de nouvelles formes d’activités (conventionnement). 

La relation éleveur-vétérinaire est également au cœur du constat de la désertification. L’importance de la qualité dans la relation tissée entre éleveur et vétérinaire et de la confiance établie dans la gestion sanitaire des élevages est prépondérante. La gestion sanitaire des éleveurs dépend en partie de la relation au vétérinaire et de sa représentation pour l’éleveur. Quatre modalités de travail existent : classique, repli, recoupements, spécialisation. L’entrée de tiers dans la relation à la santé animale (conseillers, fournisseurs…) est ainsi prégnante. La désertification n’est donc pas que spatialisée, elle dépend des compétences/images des praticiens et des choix de conduite d’élevage des exploitants. 

Enfin, il est à noter le lien essentiel et sous-estimé des futurs praticiens au territoire rural. En effet, des stratégies d’installation existent : salariat puis associé, double emploi, départ puis retour en région d’origine, héliotropisme, besoins de services. De plus, les jeunes praticiens ont des représentations souvent « stéréotypées » du territoire rural. Certains biais sont notamment générés par le cursus : généralisation de critères locaux au travers de stages en proximité du domicile familial. Les étudiants établissent également une hiérarchisation des pratiques : la chirurgie est une activité valorisante et valorisée (au détriment de la rurale). Le cursus doit alors être pensé comme une transition école-travail et non comme « boite noire » et nécessite un véritable accompagnement des parcours des futurs praticiens. 

Problèmes posés en terme de Santé Publique

Bien des questions se posent, en relation avec la DGAL et la DGER, en termes de santé publique vétérinaire :

- Quel définition au désert vétérinaire ? Quelle entrée en termes de gestion sanitaire ?

- De nouveaux modes de fonctionnement des cliniques dans les territoires : quels enjeux sanitaires ?

- La relation éleveur – vétérinaire : un lien à reconstruire ?

- Quelles compétences pour les nouveaux vétérinaires ? 

Questions

Olivier Faugère : Il n’y a pas de lien entre désertification et nombre de places offertes par les écoles et ce n’est pas la question. Rôle majeur des conditions d’accueil local. Pour ce qui concerne la désertification et le maillage sanitaire : le Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt (MAAF) a des éléments dans ses bases (notamment sur la relation entre vétérinaires et éleveurs lors des visites sanitaires).

Sylvain Dernat : même s’il n’y a pas de lien direct entre les places offertes et la désertification, puisque le problème de l’installation est plus complexe, il faut quand même souligner à regret que certaines écoles ne permettent pas à tous les étudiants souhaitant s’inscrire en 5e année « productions animales » de pouvoir le faire. Par ailleurs, il faut également noter que les vétérinaires étrangers, appelés pour pallier la désertification, viennent, restent deux ans et repartent ou bien font de la canine. Il faut également noter qu’il y a un tropisme régional énorme, les vétérinaires exercent souvent dans les territoires dont ils sont originaires.

Hervé Sevestre : Rapport à l’argent : on forme des docteurs et pas assez de vétérinaires qui savent se vendre et correspondre à la réalité du monde d’aujourd’hui (en élevage ou en canine).

Sylvain Dernat : Il faut reconnaître en effet qu’il y a un manque de compétences en communication, psychologie, économie (productivité, coûts) chez les vétérinaires en France. Les écoles françaises sont ainsi très en retard sur des voisins européens comme en Angleterre par exemple ; même si certaines écoles comme Nantes ont un peu avancé sur ce point. Il faut une véritable formation aux sciences humaines et sociales des vétérinaires, à l’image des écoles d’ingénieurs (les interactions de campus à Nantes et Lyon sont donc à creuser), susceptibles de leur permettre de répondre aux enjeux économiques et sociaux du monde d’aujourd’hui. 


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