Tel: +33 (0)6. 72. 71. 58. 88. | Mail: contact@svpf.fr


Recherche avancée

Les vétérinaires, sociologie d’un groupe professionnel

Philippe Fritsch, sociologue, professeur de sociologie à la retraite

Dès le début de sa présentation, Philippe Fritsch fait mention de références bibliographiques sur le sujet [Ronald Hubscher, Les Maîtres des bêtes (1999) et Ch. Rondeau, Une profession aux multiples visages : le vétérinaire (2001) ; thèses de B. Serrurier sur l’origine sociale des élèves vétérinaires (ENVL 2000), de C. Ricard sur les relations sociales inter-élèves (ENVT 2002), de Paulet sur effectifs vétérinaires (ENVT 2011)].

Il observe que le maître des bêtes désignait sans doute le médecin des animaux. Mais il constate surtout que ces références bibliographiques font apparaître une évolution dans le sens accordé à l’activité vétérinaire. Cette évolution sémantique correspond à une réalité : d’abord un métier, puis une profession au sens anglo-saxon du terme, donc la « profession qui a le monopole des soins aux animaux », aujourd’hui un groupe professionnel aux fonctions diverses. 

Question : qu’est-ce qui affecte l’unité et l’autonomie d’un groupe professionnel qui dispose d’atouts identitaires tels que 

- le sentiment d’appartenir à une même famille,

- une formation scientifique et clinique commune,

- le partage d’un système spécifique de valeurs et de normes, inculqué tout au long des années d’école, notamment à travers des rites d’institution et de passage,

- un recrutement social relativement homogène. 

Pour répondre à la question, il étudie quelques évolutions mises en évidence à partir des données qu’il a recueillies d’une part au cours d’enquêtes auprès de vétérinaires en exercice et auprès d’étudiants, d’autre part en consultant l’annuaire Roy :

- hausse du nombre de vétérinaires et progression du salariat, dans le secteur privé mais aussi et surtout dans le secteur libéral (assistants, remplaçants),

- progression de la « canine » et régression de la « rurale », mais développement de l’activité vétérinaire dans le « hors sol » et en équine,

- accroissement tardif mais rapide du nombre de femmes dans le groupe professionnel vétérinaire, au point que la parité devrait être prochainement atteinte.

Bref, c’est une profession qui a réussi à se faire reconnaître à l’extérieur et qui a gardé une relative autonomie. 

Mais ce groupe professionnel est menacé par des facteurs d’hétéronomie :

- industrialisation de l’agriculture selon le mode capitaliste (révolution silencieuse de la profession vétérinaire en relation avec les transformations de la société, en particulier celles du monde rural),

- Impact des firmes pharmaceutiques et agro-alimentaires sur le champ de la santé animale (leurs objectifs économiques peuvent l’emporter sur ceux de la santé). Vecteurs de leurs produits en tant que prescripteurs et conseillers, les vétérinaires deviennent la cible de ces firmes où des vétérinaires salariés occupent des positions stratégiques de pouvoir et d’influence, y compris sur l’orientation de l’enseignement vétérinaire (exemple de l’abandon du concours spécifiquement vétérinaire et substitution d’un concours commun aux futurs agronomes ou vétérinaires),

- nombreuses dérogations au monopole vétérinaire des soins aux animaux ;

- contraintes économiques et politiques : exemple de la directive européenne des services ;

- questions des grandes structures, contracdiction avec les enjeux de santé publique.

Il conclut en estimant que, face aux menaces d’hétéronomie, ce groupe professionnel dispose d’une identité forte dont l’esprit de corps demeure, pour le meilleur et pour le pire, une des manifestations essentielles. Interrogation à poursuivre. 

Discussion finale 

Pascal Boireau fait état de la réduction de la présence des vétérinaires dans les laboratoires de recherche et insiste sur la difficulté de recruter des vétérinaires dans ces structures. C’est un vrai problème.

Olivier Faugère : avant les vétérinaires étaient des médecins de l’animal de production tournés vers la rentabilité et la productivité de l’élevage, aujourd’hui les vétérinaires sont des médecins de l’animal domestique de compagnie. Il y a eu une transformation en une génération dans les rapports aux animaux et dans les valeurs partagées.

Philippe Fritsch : l’intérêt pour la pratique médicale et chirurgicale, ainsi que l’attachement à la structuration libérale de la profession demeurent des valeurs majoritairement partagées.


Restez informé...

Entrez votre e-mail :

News Letter

Pour se désinscrire : Cliquez ici